
L’association « Au Cœur de Trôo » s’est donnée pour mission de mettre en valeur le patrimoine et l’histoire de ce village insolite dont le coteau de tuffeau est truffé de caves, caforts et habitations troglodytiques. Parmi celles-ci figure la cave Yuccas, propriété d’une dame américaine, Kate Kilbourne, qui a toujours mis un point d’honneur à rendre accessible au public ce témoin du passé. Depuis la fin de l’année 2024, elle a confié cette mission à « Au Cœur de Trôo » dont l’une des tâches a été de restituer au lieu l’apparence de sa destination première, celle d’abriter une famille du village jusqu’au milieu du XXème siècle. Il était donc nécessaire de trouver l’ameublement et les accessoires correspondants à cette époque. Les habitants de Trôo et les adhérents de l’association en tirant des trésors oubliés de leurs archives et de leurs greniers, ont largement contribué à cette collecte.
Ainsi que l’explique Patrick Eclercy-Deterpigny, le président d’ « Au Cœur de Trôo », la cave Yuccas porte le nom des plantes installées sur la couche de terre qui la surmonte pour en drainer l’humidité. A l’origine, la cave comportait deux habitations distinctes qui ont été reliées entre elles par un passage creusé dans la roche. Par ailleurs, alors que dans la plupart des habitations troglos, plus l’on s’enfonce, plus il fait noir, celle-ci est, au contraire éclairée par plusieurs fenêtres donnant sur l’extérieur, ce qui lui permet de jouir d’une belle luminosité et peut-être d’une température un peu plus élevée. Cette singularité s’explique par le fait que la cave a été creusée en suivant le profil de la roche, le long du coteau.
La cave Yuccas a été habitée jusqu’en 1965 par un couple de journaliers avec ses huit enfants. Les responsables d’ « Au Cœur de Trôo » ont réaménagé la scénographie autour d’une période allant de 1920 à 1950. Une salle de séjour a été installée dans la pièce où se trouve une cheminée avec un four à pain ; une table y a été dressée. L’on s’éclairait alors à la bougie, à la lampe à huile ou avec des lampes à pétrole. Des accessoires rappellent qu’à cette époque les hommes pratiquaient souvent la pêche et la chasse, que les femmes gardaient des enfants, faisaient de la couture et que le couple entretenait un potager ; la vie était rude pour ces personnes qui occupaient souvent plusieurs emplois à la fois, pour survivre avec leur nombreuse famille. On note cependant à Trôo, la présence d’artisans tels que des tisserands, des sabotiers par exemple, ainsi que des vignerons.
Une chambre abritait parents et enfants, une autre les grands-parents. Le système de retraite actuel n’existait pas. Les personnes âgées devaient donc compter sur leurs enfants pour leur subsistance. A noter que l’on trouve dans cette pièce une paire de béquilles en bois fort ancienne sur laquelle auraient pu prendre appui des blessés de la Guerre 14-18.
Un atelier de couture et de repassage a été également reconstitué ; il permet de découvrir entre autres, une collection de fers à repasser. Enfin un cabinet de toilette a été recréé dont l’une des pièces maitresse est une remarquable chaise d’aisance.
L’artiste, Frédéric Lère, a conçu une enseigne singulière pour cet « Habitat Musée » particulièrement emblématique.
La cave Yuccas permet aux plus âgés de retrouver un décor et des accessoires encore utilisés dans leur jeunesse tandis que les plus jeunes peuvent mesurer l’importance du confort acquis et des progrès accomplis en quelque dizaines d’années. Ce témoignage du passé permettra peut-être à tous, de mieux apprécier le présent quelles que soient les imperfections qu’il recèle ou qui lui sont prêtées.
Sabine Campion





