Tous les chemins mènent à Villedieu le Château ! (3/3)


Voyage à Tours de Ronsard

Selon M Danquigny le chemin précédemment décrit pourrait être le chemin que Ronsard décrit dans son poème « Le Voyage à Tours ». Je partage cette hypothèse , émettant cependant quelques réserves quand au tracé. En effet, Ronsard relate ce voyage avec moult détails dans un long poème intitulé « Le voyage de Tours ou les amoureux » : Perrot (Ronsard), en compagnie de son ami Thoinet (Jean Antoine de Baïf) va donc à Tours pour rencontrer Marion (Marie Dupin) : partis de Coustures (de toute vraisemblance le point de départ est La Possonnière), les deux amis traversent Gastine et ses hautes verdures (la forêt de Gâtines), passent par Marré (Marray) et arrivent vers midi à Beaumont-la-Ronce, chez le seigneur Phelippot (Philippe de Ronsard) chez qui ils festoyèrent jusqu’au soir, avant d’aller coucher au gué de Lengenrie (vraisemblablement le gué de Roiville, entre Cérelles  et Chanceaux-sur-Choisille) et d’arriver le lendemain matin à Sainct Cosme (le prieuré de Saint-Côme). Même si ce parcours n’est peut être que poétique, la description qu’en fait Ronsard est suffisamment précise pour qu’on puisse exclure selon moi un passage par Neuvy le Roi ou même par Epeigné sur Dème.

Franchissement des cours d’eau

En l’absence de pont, les gués ont été pendant longtemps le seul moyen de relier les deux berges d’une rivière. Choisis en raison d’une faible profondeur et d’un faible courant, les gués sont parfois aménagés. Ces aménagements consistent en la réalisation d’un passage dans le lit du cours d’eau en créant un fond empierré ; dans d’autres cas le franchissement se fait simplement sur le fond du lit existant.

Sur Le Loir, La Braye, La Dème ou encore La Cendrine les noms de lieux faisant références à ces points de passage sont encore nombreux. Le passage à gué entre Villedieu et l’ancienne commune de Rorthre, (réunie aujourd’hui avec celle d’Épeigné-sur-Dême), à proximité de ce qui n’est plus aujourd’hui qu’un lieu-dit, sur le ruisseau du même nom, semble avoir été un point de passage important. S’y rejoignent en effet le « Chemin de Rorthe à Villedieu », le « Chemin de Rorthe à Couture » , le « Chemin de Rorthe à Marcé », le « Chemin de Neuvy à Villedieu » ainsi que le « Chemin de Chemillé à Villedieu ». Utilisé par les piétons, les cavaliers, le bétail, les voitures tractées par des animaux, le gué, comme tous les passages obligés, sous-entend l’existence de relations interdépendantes à caractère commercial, militaire, cultuel ou religieux avec les localités voisines et au delà. Si certains passages vont être très longtemps utilisés, la construction de ponts va venir bouleverser le tracé des voies de communication.

De multiples ramifications et de multiples changements d’itinéraires au fil du temps

Comme aujourd’hui avec un réseau d’autoroutes, de routes nationales, de routes départementales, de routes communales et de chemins vicinaux, dès l’antiquité, en plus des voies romaines (qui dans certains cas ont repris le tracé de voies gauloises existante), les chemins pour se rendre d’un point A à un point B sont nombreux. La circulation se faisant le plus souvent à pied ou à cheval, c’est, en fonction des époques et des situations tantôt le chemin le plus court, tantôt le chemin le plus sûr (pour éviter les brigands) qui est privilégié. Quand certains chemins ont purement et simplement été abandonnés, du fait des invasions barbares notamment (certaines cités ayant purement et simplement disparues), dans d’autres cas c’est la construction d’un pont évitant un passage à gué qui entrainera une modification du tracé initial, ou la destruction d’un pont qui obligera le retour à un passage à gué. Une route nationale ayant parfois remplacé une route royale, elle même reprenant parfois le tracé d’une voie romaine, qui s’était parfois établie sur la base d’une voie gauloise, elle même reprenant parfois un itinéraire encore plus ancien, il est assez difficile d’établir une cartographie précise des connaissances, parfois de découvertes fortuites.

Cet article se réfère à un certain nombre d’écrits sur le sujet, je n’ai cependant pas la prétention de détenir la vérité, l’histoire évolue en fonction de nos connaissances, parfois de découvertes fortuites. Toute contradiction sur le sujet est donc la bienvenue.

Eric Cartereau – Crespin