Montoire : soirée-débat autour de la place des femmes dans l’agriculture


A l’initiative de Lucie Oger créatrice de « La Fromagerie de Lucie » aux Hermites, un nombreux public, toutes générations confondues, a assisté à la projection du documentaire d’Edouard Bergeon « Femmes de la Terre » qui à l’aide d’archives et de témoignages, évoque l’évolution de la condition et du rôle des femmes dans l’agriculture. Ce film poignant retrace le combat de toutes celles qui, bien qu’indispensables, ont longtemps été considérées comme « des invisibles » ; ces femmes ont su au fil des ans et au prix de nombreux sacrifices, faire entendre leur voix et conquérir la place  qui leur est due au sein d’une société où elles jouent un rôle essentiel.

Si aujourd’hui, Lucie, Aurélie, Marie, Manon, peuvent assurer qu’elles ont choisi le métier d’agricultrice par passion, il n’en était pas de même pour leurs grands-mères qui, dépourvues de statut social propre, n’étaient connues que comme les femmes des agriculteurs ! Et pourtant, elles faisaient face aux travaux les plus rudes ; il ‘y avait ni aspirateur ni machine à laver ; les besoins de la ferme passaient avant ceux de la maison ; l’eau courante n’était pas toujours installée ;  les femmes s’occupaient des enfants , de la maison, de la lessive qui nécessitait de porter de lourdes lessiveuses, de rincer le linge, été, comme hiver, dans l’eau glacée de la rivière ou de la mare agenouillée sur un sol dur ; c’est à elles qu’il revenait de traire les vaches et de faire tous les travaux qui ne nécessitaient pas l’utilisation d’une machine, les femmes n’étant pas considérées comme capables de s’en servir. Pourtant, durant les guerres, en l’absence des hommes, ce sont elles qui faisaient tourner « boutique » !  Curieusement, la généralisation de la TVA en 1966, a contribué à accélérer l’évolution et Mai 68 a éclairci un peu leur horizon ! Les hommes ont été soulagés de voir leurs épouses suivre des formations pour faire face  au maquis administratif qui n’a fait que croître.

Ces femmes qui vivaient dans l’ombre des hommes, sans statut, n’avaient ni retraite, ni prestations sociales. Certaines ont pris leur destin en mains ; elles se sont battues, elles sont devenues parties prenantes dans les syndicats agricoles ;  elles ont défendu leur métier ; elles aussi, au volant de leur tracteur ont fait entendre leur voix !

En 1975, 20% des étudiants de l’enseignement supérieur agricole étaient des femmes, elles étaient 61% en 2023. A la rentrée 2024, dans l’enseignement agricole technique, les femmes représentaient 44% des effectifs ; en 2020, 130 200 femmes dirigeaient une exploitation agricole.

Si les barrières sont tombées, il reste des progrès à faire : « On attend souvent que nous fassions preuve de nos capacités ! » , « On est capable de tout faire, mais il y a encore du boulot pour le faire admettre ! », « Il y a encore des combats à mener ! »

Aujourd’hui, ces jeunes femmes motivées ne se laissent pas impressionner ; elles affirment leur choix, elles font valoir leur compétence que ce soit au volant d’un tracteur ou sur le clavier d’un ordinateur !

Ainsi que l’a conclu Lucie : « Finalement, la complémentarité entre les femmes et les hommes est peut-être la clef du succès ! »

Sabine Campion