
Je viens de revoir «Le boucher» sur la plate-forme d`Arte, un film de Claude Chabrol. J’aime surtout la première heure, la présentation des lieux d’abord, puis, des personnages, un village paisible du Périgord dans les années soixante, l’église, son clocher qui sonne les heures, l’école, les petits commerces, les villageois réunis dans une salle des fêtes pour un banquet de mariage à l’occasion duquel le boucher et l’institutrice, Mademoiselle Hélène sympathisent.
Au fil des plans, les personnages gagnent en épaisseur.
On voit beaucoup Mademoiselle Hélène dans sa salle de classe ou l’on prépare le certificat d’études, dictant une page de Balzac, «je vous écris son nom au tableau», à la craie, avec des pleins et des déliés, ou expliquant la résolution des problèmes de trains ne circulant pas à la même vitesse.
Mademoiselle Hélène est une figure d’autorité, qui impose naturellement le respect.
Un chagrin d’amour l’a conduite à dresser des barrières et à organiser une vie de solitaire remplie de culture. Elle passe ses vacances à Paris, comme en témoignent les affiches des expositions et les cartes postales reproduisant des toiles de maîtres collées aux murs de son petit appartement mal fichu au premier étage de l’école, au-dessus des classes.
On devine aisément que son métier est une vocation, elle aime ses élèves et «J’espère bien qu’ils m’aiment aussi» dit-elle.
C’est presqu’encore l’école du Grand Meaulnes, celle du roman éponyme d`Alain Fournier dont l’action se situait en toute fin du XIX°siècle.
Une école de rêve, avec des enfants sages…
J’ai eu la chance de connaître quelques enseignants qui, comme Mademoiselle Hélène, donnaient l’envie d’apprendre, de devenir Maître à son tour pour le bonheur de transmettre, de l’une d’elle en particulier qui me parla pour la première fois de l`Ecole Normale d`Instituteurs et des moyens d’y accéder.
La vie est pleine de surprises, plus ou moins amères, j’ai fait toute autre chose que l’exercice de ce beau métier, maintenant si dévalorisé.
Reste la mélancolie de s’imaginer une petite heure à la place de Mademoiselle Hélène dans son école idéale au cœur des années soixante par écran interposé.
Marc VINCENT