Tribune Libre :  Réflexions d’une grand-mère à propos de la tourmente actuelle


Beaucoup s’accordent pour faire remarquer que l’utilisation massive des réseaux sociaux est au cœur de la propagation des nouvelles erronées (fake news), que leur utilisation facilite les convocations à des rassemblements illicites et violents, que les jeunes devraient s’en voir limiter l’accès, etc. Ceci est vrai mais le problème vient de ce que ces vertueuses remontrances proviennent de ceux qui précisément en ont facilité l’accès et sont les premiers à les utiliser pour diffuser leurs idées et leur propagande.

Autrefois, il y avait des journaux papier dont les articles étaient écrits par des professionnels de toutes tendances politiques, de gauche, d’extrême gauche, de droite, d’extrême-droite, royaliste, etc. L’information circulait ; les personnes intéressées prenaient le temps de la lire, éventuellement de comparer, de réfléchir, de manifester si cela était nécessaire ; à l’époque toutefois les manifestations étaient encadrées par des services d’ordre efficaces, mis en place non seulement par la police mais aussi par les manifestants eux-mêmes.

Cela s’appelait la démocratie ! Cela s’appelait la République !

Les réseaux sociaux ont tout bouleversé !

Aujourd’hui, tout le monde peut exprimer de bonnes idées (cela existe !) mais aussi et c’est malheureusement le plus fréquent, la haine, le rejet de l’autre, l’humeur du jour, etc. ; informations vérifiées et mensonges renforcés par l’utilisation de l’intelligence artificielle qui tente de s’imposer sur les écrans, s’entrecroisent !

En politique, quand l’image remplace le son

D’élections en élections, des municipales aux législatives et à la présidentielle, les projets des candidats qui faisaient autrefois, l’objet d’un programme écrit où figuraient des propositions au moins en partie réalistes,  se sont transformés en romans-photos où les compétiteurs, toujours souriants et avenants, style promotion pour une marque de dentifrice, tentent de vendre, avec plus ou moins de succès, un catalogue d’idées constructives ou non, peu importe, mais  conçues pour être achetées par la clientèle électorale visée !  Les réseaux sociaux sont devenus des albums de photos de famille ! Les images sont prêtes mais le scénario n’est pas écrit ! La rubrique « programme » reste vide !

Une jeunesse révoltée et découragée

Il est vrai que pour les jeunes,  les perspectives sont moroses car impactées à la fois par le changement climatique, les conflits, et l’intrusion de l’intelligence artificielle. Pris dans la tourmente,  le système éducatif n’est plus  en capacité de leur fournir les clefs pour surmonter les obstacles et développer le  sens critique qui permettrait de faire un tri raisonné dans la masse d’informations dont nous sommes tous abreuvés.

L’on aurait pu espérer que le développement exponentiel du tourisme soit un facteur  de découverte et de dialogue des cultures mettant un terme à ces fléaux que sont le racisme et l’antisémitisme ; il n’en est malheureusement rien ! Tout ce qui contribue à créer l’horreur a la vie dure !

Pour répondre à ces défis, il faut une société stable et unie, il serait donc indispensable que les « ego » soient balayés, et que nous nous mettions tous, jeunes, parents, grands-parents, toutes générations confondues, autour d’une table pour réfléchir ensemble. Nous avons tous notre part de responsabilité dans l’émergence d’une société où triomphe l’individualisme et où la réussite économique pèse plus que les qualités humaines. Le laxisme, l’égoïsme et la violence doivent être bannis des débats. Les défis à relever sont suffisamment complexes pour que chacun accepte d’y apporter sa contribution en toute humilité.

Sabine Campion